Géopolitique de l’après-coronavirus

Le caractère historique du coronavirus vient en grande partie de la conjonction de l’instantanéité de son impact, des conséquences de son amplitude mondiale et de l’évidence de sa nature transformatrice. Avec célérité et certitude rarement combinées de la sorte dans les relations internationales, un consensus a vu le jour à la fois au sein des sociétés de ce monde et entre celles-ci: tout a déjà changé, et tout va changer encore plus. Elle le fait d’abord en confirmant une tendance émergente, à savoir que l’imprévisibilité est désormais la donne principale de cette architecture évolutive de la sécurité globale. Le bouleversement corona donne aujourd’hui corps à cette notion différemment, la dotant d’une réelle perplexité à la fois opérationnelle et intellectuelle, face à la matérialisation de l’inattendu.Premièrement, de par le monde, armée et police à l’appui, l’entité étatique a clairement réaffirmé son autorité à l’occasion de la crise actuelle, intervenant comme sauveur et supra-décideur, mais aussi de façon punitive.

Repoussant les limites de ses propres excès et la violence faite à l’Etat de droit aux Etats-Unis sous son mandat, le président Donald Trump a ainsi pu déclarer, le 13 avril, que son autorité est «totale».Aussi, il y a de fortes chances que cette dynamique de recentrage dirigiste – entamée avant la crise du coronavirus et renforcée à cette occasion – va perdurer et s’amplifier. Installée comme une norme mondiale de moins en moins remise en question, celle-ci va ajouter une dimension de nécessité en sus de l’argument d’utilité déjà largement avancé. Celle-ci – le sentiment est en train de naître, suivi bientôt de pratique – peut également créer des vulnérabilités existentielles et non pas simplement économiques au sein des sociétés. A l’image de l’Etat autoritariste consolidé, cette fermeture du monde viendra s’inscrire dans la logique des forteresses à protéger en Europe et de murs à bâtir en Amérique.Tout à l’émergence de ces dynamiques, le fait essentiel est que le monde de l’après-corona définira ses propres caractéristiques.

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